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La Commune de Paris et ses répercussions dans le Doubs et le Jura suisse

Posted by dsinterim sur mars 18, 2021

Ce 18 mars 2021, nous célébrons les 150 ans de la proclamation de la Commune de Paris.

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Le 18 mars 1871 en effet, pour la première fois dans l’histoire, les travailleurs prenaient le pouvoir. Le drapeau rouge flottait fièrement sur l’Hôtel de Ville de Paris.

Réprimée lors de la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871, la Commune de Paris, en à peine trois mois d’existence, instaurera la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’égalité salariale entre hommes et femmes, l’abolition du travail de nuit des ouvriers boulangers, l’école gratuite et obligatoire, l’abolition de l’armée permanente, les élus restent sous contrôle de la population, sont révocables et ne touchent en indemnités que l’équivalent du salaire moyen d’un ouvrier qualifié, etc. C’est ainsi que 150 ans après, la Commune reste d’une brûlante actualité et un exemple pour toutes celles et tous ceux qui veulent un monde libéré de la misère et de l’exploitation capitaliste.

Bien des ouvrages, témoignages et articles sont disponibles sur la Commune de Paris. Il ne s’agit donc pas ici de revenir sur l’histoire de la Commune mais sur ses répercussions dans notre région, en Franche-Comté, mais aussi de l’autre côté du Jura.

L’état d’esprit des ouvriers du Doubs par rapport à la Commune de Paris

Bien des témoignages rapportent que la classe ouvrière des villes du Doubs manifestait de la sympathie avec l’insurrection parisienne. Le document de synthèse préparé dans le cadre d’une enquête parlementaire après la semaine sanglante indique «A Montbéliard, la majeure partie des ouvriers habitant dans cette ville étaient associés de coeur à la Commune de Paris et souhaitaient son triomphe» (juge d’instruction de Montbéliard). Le secrétaire général de la Préfecture ajoute que «le journal de Montbéliard, entre deux suspensions dont le frappa l’autorité prussienne, publia un programme de la commune et un article très violent». Il est aussi indiqué que si «à Pontarlier et à Morteau, la grande majorité de la population est saine», dans «la nuit du 2 au 3 mai, un exemplaire d’une proclamation signée Descluze, Cournet, Pyat, etc. A été affichée dans la ville». (Juge d’instruction de Pontarlier). Quant à Baume-les-Dames, si la ville est «restée clame», il est précisé que «l’esprit des ouvriers, même honnêtes» est «perverti par les idées les plus subversives». On y note même que «plusieurs numéros du journal officiel de la Commune ont été saisis à la poste».

C’est à Besançon surtout que s’exprime le soutien à la Commune. Le premier président indique pour le rapport parlementaire que les «proclamations de la Commune y sont arrivés, apportées dit-on par des émissaires de Paris et surtout par les employés du chemin de fer» (le secrétaire général de la Préfecture signale ainsi comme suspects les chefs de gare de Besançon et de Pontarlier). Il est précisé que «ces proclamations ont été affichées et les sympathies qu’elles rencontraient se manifestaient plus ouvertement chaque jour en raison de la prolongation de la résistance de Paris.» Il est précisé que «les adhérents de la Commune était nombreux, surtout dans les rangs de la garde nationale».

Dans le cadre de cette enquête, un patron témoigne : «Pendant l’insurrection du mois de mars, plusieurs de mes anciens ouvriers que j’avais renvoyés de mes ateliers pour inconduite se sont présentés chez moi dans un moment d’ivresse, je dois le dire, me disant qu’ils allaient composer un tribunal révolutionnaire et qu’ils voulaient savoir si j’étais l’ami des ouvriers».

Un autre patron, entrepreneur en bâtiment du quartier des Chaprais, indique avoir licencié plusieurs maçons qui «auraient vu avec plaisir le triomphe de la Commune».

Le premier président de la Cour de Besançon, Loiseau, indique ainsi à la Commission parlementaire : « Les cris «vive la commune» ont trop souvent retentis dans la ville, pour que l’on puisse douter des voeux ardents que formaient les partisans de l’Internationale pour le succès de l’Insurrection, et du concours actif qu’ils lui auraient prêté sur tous les points si cette insurrection avait eu une plus longue durée à Paris, à Lyon et dans les grandes villes du Midi».

A Paris, Le Cri du Peuple, journal de Jules Vallès, publia le 25 avril 1871 une lettre d’un lecteur de Besançon : «La Commune de Paris a la sympathie de tous les coeurs honnêtes, malheureusement cela ne suffit pas, l’énergie manque. Il faudrait une étincelle pour enflammer l’enthousiasme ; j’ai cru un instant que nous aussi nous allions proclamer la Commune. Nous étions cent cinquante, c’était plus qu’il fallait pour le premier pas ! Mais rien n’a été fait, toute l’ardeur s’est évaporée en paroles, il n’en est plus resté pour l’action

Une étincelle venue des montagnes ?

 Proclamée en 1864, la Première Internationale (Association Internationale des Travailleurs) est source de cauchemars pour la bourgeoisie. Le 25 janvier 1870, le Courrier Franc-Comtois écrit ainsi : «l’émeute est devenue la raison du travailleur ; il ne veut plus entendre à rien : les théories de l’Association Internationale l’ont infectée de leur poison».

Chez les travailleurs par contre on commence à s’organiser. Les ouvriers graveurs et guillocheurs de Besançon prennent ainsi contact dès octobre 1869 avec Fritz Heng, membre de l’Internationale à la Chaux-de-Fonds, pour qu’il les aide à créer une association coopérative. Ce dernier répond ainsi «au citoyen Robert de Besançon» : «Je vois avec plaisir qu’à Besançon les ouvriers comprennent que ce n’est que par la solidarité de tous que le prolétariat peut arriver à quelque chose pour améliorer sa position». Il précise alors que «l’Internationale comprend toutes les sociétés du monde entier sans distinction de couleur, de race, de nationalité et de religion».

Considérant que cette association coopérative vise à «imposer aux patrons l’obligation de réduire à 10 heures la durée de travail», elle est interdite et plus de vingt travailleurs sont poursuivis pour délit «d’affiliation à une société de plus de vingt personnes non autorisée». Il est à noter que deux des prévenus sont nés en Suisse.

Cela montre les liens qui unissait alors les travailleurs de Besançon et de Suisse, en particulier dans l’industrie horlogère (Besançon compte alors entre 8000 et 10000 ouvriers horlogers). Or, le Jura suisse est alors une des places fortes de la Première Internationale et sera, avec la Fédération Jurassienne,  le berceau de l’anarchisme ouvrier.

C’est ainsi que depuis les montagnes du Jura un plan se construisait pour aider à l’insurrection à Besançon.

James Guillaume indique ainsi dans son livre «L’Internationale, Documents et Souvenirs» : « Dans nos montagnes, un autre plan avait été conçu. Il existait une ville française de l’Est (il s’agit de Besançon) une section de l’Internationale avec laquelle nous étions en relations. Des Internationaux de nos diverses sections, armés, auraient passé la frontière en trois ou quatre groupes, se dirigeant sur cette ville, où leur arrivée aurait coïncidé avec un soulèvement de la population ouvrière».

Il s’agissait, en fait, de reprendre la méthode qui avait été utilisée lors de la Révolution Neuchâteloise de 1848. A cette époque, l’actuel Canton de Neuchâtel était une possession de la couronne prussienne. Après avoir proclamé la république au Locle, les révolutionnaires du Locle sont rejoints par ceux des Brenets, du Val de Travers et de la Chaux-de-Fonds et descendent, armés, des Franches Montagnes en direction de Neuchâtel. Le 1er mars 1848, le château de Neuchâtel est pris par les insurgés, les membres du Conseil d’Etat royaliste arrêtés et la république proclamée. Dans la « Nouvelle Gazette Rhénane« , Engels parlera ainsi « d’un petit pays (…) qui fut le premier de toutes les provinces assujetties à la couronne de Prusse à planter le drapeau de la révolution et à chasser le paternel gouvernement prussien. » C’est cette même stratégie qui était donc à l’étude en 1871, mais cette fois avec pour but, après deux jours de marche forcée depuis Le Locle, d’aider à proclamer la Commune à Besançon.

Une réunion des militants de l’Internationale était convoquée le 21 mai 1871 à Neuchâtel. Le 19 mai, James Guillaume reçoit une lettre de Bakounine, qui réside alors au Locle, pour lui dire que «Adhémar a écrit à Besançon (…) il est possible qu’un ami de là vienne chez toi, soit demain samedi, soit dimanche». Le délégué de Besançon état bien présent lors de cette réunion du 21 mai.

Le 21 mai les Versaillais entraient dans Paris, c’était le début de la Semaine Sanglante. Le 28 mai la Commune était écrasée, et le projet de Commune de Besançon n’a donc pas pu aboutir.

Répression et solidarité internationale

Si aucun bataillon ouvrier n’est venu des montagnes suisses libérer Besançon, les ouvriers jurassiens apportent toute leur solidarité face à la répression qui s’abat sur les Communards. C’est ainsi qu’une cinquantaine de Communards, dont un grand nombre de membres de l’Internationale, poursuivront leur activité en Suisse.

Gustave Courbet, originaire d’Ornans, est le plus célèbre des comtois membres de la Commune. Élu de la Commune et délégué aux beaux-arts, après avoir été incarcéré et condamné à payer les frais de la reconstruction de la colonne Vendôme choisira aussi, plutôt que de risquer une nouvelle peine de prison, de rejoindre la Suisse par Les Verrières le 23 juillet 1873.

Le 18 mars devient ainsi un jour où les travailleurs commémorent l’anniversaire de la Commune. Le bulletin de la Fédération Jurassienne fait également échos de nombreuses souscriptions pour les réfugiés «communalistes».

Parmi ces réfugiés, militants français de la Fédération Jurassienne, un certain Paul Brousse… qui écrira, en Suisse, la célèbre chanson «Le Drapeau Rouge» sur l’air de la chanson «Armons-nous enfants de l’Helvétie.». La première version fait référence au 18 mars 1877 lorsque, pour l’anniversaire de la Commune, deux drapeaux rouges flottent à la tête d’une manifestation à Berne, manifestation qui finit en affrontement avec des gendarmes qui tentent d’arracher l’étendard des travailleurs. Comme pour laver cet affront, en août 1877, lors du congrès de la Fédération Jurassienne, des délégués défileront dans les rues de Saint-Imier en déployant un drapeau rouge sous les applaudissements des travailleurs.

Et c’est ainsi que la première version du Drapeau Rouge comportait d’abord une référence à la Commune :

« Sous la Commune il flotte encore
A la tête des bataillons,
Et chaque barricade arbore
Ses longs Plis taillés en haillons ! »

Puis ces deux couplets :

«On crut qu’à Berne, en république,
II pouvait passer fièrement
Mais, par le sabre despotique,
II fut attaqué lâchement.

Le voilà, le voilà, regardez !
II flotte et, fier, il bouge
Ses longs plis au combat préparés.
Osez, osez le défier
Notre superbe drapeau rouge,
Rouge du sang de l’ouvrier (bis)

Ce drapeau que le vent balance
Devant un cortège ouvrier,
C’est lui ! glorieux, il s’avance
En triomphe dans Saint-Imier»

Quelques décennies plus tard, le 18 mars 1917, une réunion est organisée au Cercle Ouvrier de la Chaux-de-Fonds pour commémorer l’anniversaire de la Commune de Paris. Le titre de la conférence est «La révolution russe suivra-t-elle le chemin de la Commune de Paris ?». Le conférencier prendra quelques jours plus tard le train en gare de Zurich pour une autre révolution, bien plus à l’Est. Cet orateur s’appelait Vladimir Illitch Oulianov, plus connu sous le nom de Lénine.

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Une Réponse vers “La Commune de Paris et ses répercussions dans le Doubs et le Jura suisse”

  1. […] Marseille, et… Besançon.À Besançon aussi la Commune devait voir le jour, comme l’expose un article de la CGT locale. Une insurrection, discutée avec Mikhaïl Bakounine, était envisagée en Franche-Comté. Les […]

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