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Les salariés de l’Ehpad de Valdoie : « C’était de moins en moins humain dans cette maison »

Posted by dsinterim sur avril 10, 2020

L’Est Républicain, 9 avril 2020 :

Dans une lettre ouverte, des salariés de l’EHPAD de la Rosemontoise décrivent ce qu’ils ont traversé au quotidien. « On a craqué les uns après les autres, on a pleuré beaucoup ». Ils disent avoir vécu l’enfer pendant le mois de mars. Les résidents ont souffert.

Leur lettre ouverte fait froid dans le dos. Elle témoigne aussi du cœur mis à sauver les résidents de l’EHPAD de la Rosemontoise de Valdoie, à poursuivre la tâche coûte que coûte. Malgré la pénurie de moyens, malgré l’absence d’écoute de la haute direction. Elle est anonyme, encore et toujours, puisqu’à force de menaces leurs auteurs ont appris la prudence. Voici son intégralité : « On s’est senti abandonné tout au long du mois de mars. On galérait déjà depuis Noël, on n’avait plus d’IDEC (infirmière coordinatrice des soins) et plus de directrice adjointe. On n’arrêtait pas de dire qu’on travaillait dans de mauvaises conditions mais ça ne changeait rien, au contraire. C’était de pire en pire, de moins en moins humain dans cette maison et toujours tirer sur la corde des salariés … Et voilà le résultat. On a fait tout notre possible pour s’occuper des résidents mais il arrive un moment où le personnel ne s’en sort plus ! »


« Un début de consignes le 5 mars »

« Fin février, début mars, les informations à la télévision étaient de plus en plus alarmantes, mais au travail rien n’avait changé. Nos collègues des autres EHPAD nous disaient que chez eux, il y avait déjà des horaires de visites depuis une semaine et que les gens devaient noter leur nom en arrivant. Nous, on n’avait pas de consignes, on travaillait comme d’habitude. On a vu des visiteurs passer à toute heure de la journée. On a commencé à avoir un début de consignes le 5 mars, alors que la directrice de l’EHPAD était en vacances ».

« La directrice nous a dit que les masques ne protégeaient pas, que c’était pour les résidents malades. Jusqu’au jour où il y en a eu un peu plus et là, on nous a dit de les mettre… À cause de cela, une de nos collègues est en réa et d’autres sont positives au Covid-19 ».

« Les résidents perdaient le moral, l’appétit, leur autonomie »

Au début, on a eu des résidents isolés. C’était déjà une prise en charge plus longue, mais sans avoir plus de bras. Quand la direction a pris la décision de confiner les résidents dans leur chambre, il a fallu qu’on se débrouille encore avec ça. Les repas ont été distribués mais on s’est vite rendu compte que les résidents ne mangeaient pas. Les jours passaient, et ils perdaient le moral, l’appétit, leur autonomie pour manger. C’était le bazar : une organisation qui ne tenait pas la route. Pas de verre dans les chambres pour leur donner à boire, pas d’aide-soignant pour les faire manger. On a eu de l’aide des psys et des secrétaires, mais elles ne savent pas donner à manger ».

« Des résidents se sont laissés aller à cause de la solitude »

« Et puis il fallait équiper tous les résidents isolés à cause du Covid-19, courir après les blouses… Si on avait eu l’IDEC, elle se serait assurée qu’il y avait le nécessaire dans les services. Tout ça a affaibli nos résidents. Nombreux se sont laissés aller à cause de la solitude. Les premières semaines, ils n’ont vu que nous, qui n’avions pas du tout de temps à leur accorder. Certains sont sans doute morts alors que ce n’était pas leur heure.

Les toilettes, on les faisait comme on pouvait, vite fait. Les changes, c’était la catastrophe. Ça sentait mauvais dans tous les couloirs. On retrouvait des résidents à moitié nus. Le soir, on les couchait vite fait bien fait, les pauvres ! Les infirmières passaient beaucoup de temps à distribuer et à faire prendre les médicaments. Et de plus en plus d’escarres à soigner ! On n’était jamais assez nombreux. Des collègues tombaient malades tous les jours. Même quand la direction nous disait : « C’est bon, on a prévu assez de remplaçants ». Eh bien non, ce n’était pas bon ! En fait, il aurait fallu prévoir beaucoup plus de monde. Nous supposons que le souci d’économies a présidé les choix. Il aurait fallu de l’aide de toute part, mais on a dû se débrouiller avec les moyens qu’on a bien voulu nous donner ».

« On se demandait si on était maltraitants »

« On a craqué les uns après les autres. On a pleuré beaucoup. On se demandait si on était maltraitants, tellement on nous tirait sur la corde. On aurait bien aimé avoir un responsable avec nous pour qu’il se rende compte de la réalité. Eux, ils écrivent, ils mettent des affiches, ils envoient des mails et ils racontent que tout va bien. En vrai, ça a été le chaos pendant un mois d’horreur, mais il ne faut pas tout mettre sur le dos du Covid-19 ! »

« Aujourd’hui, on a plus de personnel formé »

« Aujourd’hui, c’est moins dur. C’est triste à dire, mais on a 20 résidents de moins à soigner. Tout le monde s’y met pour prêter main-forte. Les animatrices vont voir les résidents, les nourrissent, les hydratent. On a aussi plus de personnel formé. Mais tout cela est fragile. Un jour ça marche, le lendemain, moins. Depuis quelques jours, des balades sont même organisées pour sortir les résidents non malades.

On a vécu l’enfer pendant le mois de mars. On espère que le nouveau directeur va nous entendre , travailler avec nous tous les jours, et donner le maximum pour stimuler et soigner nos résidents ».

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