CGT ADDSEA

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Compte-rendu de la réunion sur les violences « au nom de l’honneur familial »

Posted by dsinterim sur avril 4, 2010

Texte de présentation de la réunion sur les violences au nom de l’honneur familial organisée par la CGT-ADDSEA le 1 avril 2010 avec les images et les vidéos utilisées pour illustrer le topo. Pour plus d’informations sur le sujet, on peut consulter le site d’ICAHK (Campagne Internationale Contre les Crimes d’Honneur). Le topo et la présentation power point étant fait, si des camarades sont intéressées pour organiser des réunions sur le sujet dans la région, il est possible de contacter la section syndicale : cgt.addsea@gmail.com.

Le but de cette présentation n’est pas de faire une présentation exhaustive des meurtres, violences et de l’oppression au « nom de l’honneur familial », mais de lancer la discussion. Cette présentation est rapide et loin d’être exhaustive, surtout qu’il s’agit de tenter de présenter un phénomène basé sur des traditions orales, avec des différences non seulement selon les pays ou les régions, mais aussi selon les familles, et dans un contexte de transformation sociale (exode rural, développement des villes, etc.) et, dans les pays du Moyen-Orient par exemple, de luttes acharnées entre réactionnaires défenseurs des pires traditions misogynes d’un côté, organisations de femmes et progressistes de l’autre. Il est à noter que si des documents, des rapports et des articles sur le sujet existent, c’est justement parce que de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer et combattre cette pratique barbare et inhumaine.

Clip sur les crimes « d’honneur » en Palestine et la loi en application qui les excuse :

Le 7 avril 2007, Doa Khalil Aswad était assassinée à Bashiqa dans le nord de l’Irak. Doa était une jeune fille de 17 ans, étudiante en art, kurde de confession yézidie. Ce qui était reproché à Doa c’est qu’elle était tombée amoureuse d’un jeune garçon arabe sunnite. C’est parce qu’elle était amoureuse, que le 7 avril 2007, un de ses oncles et des centaines d’hommes l’ont assassinée à coup de pierres dans les rues de la ville, devant les yeux des forces de sécurité kurdes qui sont restées passives. Les assassins ont filmé la scène avec leurs téléphones portables et les dernières minutes de la vie de Doa, celles de l’horrible mise à mort de cette jeune fille, ont fait le tour du monde. Ces images, par la folie haineuse et meurtrière des assassins, pourraient rappeler celles des lynchages de noirs dans le sud des Etats-Unis de la première moitié du 20ème siècle. A cette époque, des assassins racistes se faisaient photographiés à côté du cadavre de la victime du lynchage. Lors de la mise à mort de Doa, ils se filmaient et ont ensuite diffusé les images de cette lapidation.

Si ces images ont choquées le monde entier, elles semblent aussi avoir été une source d’inspiration pour d’autres. Le 12 mai 2007, Shwbo Rauf Ali, 19 ans, était assassinée près du lac Dokan au Kurdistan d’Irak, et l’autopsie a relevé des traces de lapidation. Shwbo était accusée d’adultère par sa belle-famille et son bébé de 9 mois est porté disparu depuis le meurtre, probablement noyé dans le lac. Entre le 7 avril 2007, date de l’assassinat de Doa et le 12 mai, date de celui de Shwbo et de son bébé, on a comptabilisé au moins douze meurtres de femmes au Kurdistan d’Irak « au nom de l’honneur familial ».

Le meurtre de Doa, commis au cœur d’une ville devant des centaines de témoins, dont les images ont été diffusés dans le monde entier, a un caractère particulier. Mais on y retrouve les caractéristiques des « crimes d’honneur », partout dans le monde, en particulier la pression de la famille élargie voir de la tribu. Le père de Doa n’a pas participé au meurtre, mais peu après et dès les résultats de l’autopsie, il est intervenu publiquement pour déclarer que sa fille était vierge. Un an après, en 2008, il a déclaré dans une interview qu’il n’a jamais voulu que sa fille soit tuée, qu’elle n’avait rien fait de mal, mais qu’il ne pouvait rien faire par crainte de la réaction de son frère aîné et du reste de la tribu et de la communauté.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut simplement rappeler que les violences faites aux femmes sont aujourd’hui encore malheureusement universelles. En France, en 2010, une femme meure tous les deux jours sous les coups de son conjoint. Comme le disait déjà Engels, l’oppression des femmes est la première des oppressions das l’histoire de l’humanité, et donc la plus enracinée. Et contrairement à ce qu’on peut lire parfois dans la presse occidentale, ces meurtres ne sont pas plus liés à l’Islam qu’à une autre religion. Doa n’était pas issue d’une famille musulmane, mais yézidie, dans les territoires palestiniens, la proportion de meurtres d’honneur est la même dans les communautés chrétiennes et musulmanes. En Inde, on trouve aussi la même proportion de meurtres d’honneur dans les communautés musulmanes, hindoue ou sicks, avec cette spécificité que bien des meurtres sont commis contre des femmes qui se marient ou veulent se marier en dehors de leurs castes.

Amnesty International donne la définition suivante des crimes d’honneur : « Le « crime d’honneur » ; crime commis contre des femmes au nom de l’honneur constitue un ensemble de violences -dont le meurtre en est la forme la plus extrême- infligée aux femmes par les membres de leurs familles. Il s’agit de les punir pour une relation illicite, réelle ou supposée et/ou un « comportement immoral » : par exemple une simple discussion avec un voisin de sexe masculin. »

Le poids de la famille élargie et de la communauté que l’on retrouve dans le meurtre de Doa est caractéristique des crimes « d’honneur ». Parmi les raisons de meurtres « au nom de l’honneur », on peut trouver par exemple le refus d’un mariage forcé, une liaison, réelle ou supposée, un viol, ou parfois simplement une trop grande autonomie de la femme. Pour donner des exemples récents, en janvier 2010, Meryem, 12 ans, est retrouvée morte dans le Kurdistan turc pour avoir écrit « je t’aime » à un garçon de sa classe, Médine, 16 ans, toujours dans le Kurdistan turc, est enterrée vivante par son père et son grand-père pour avoir « parlé à des hommes », dans la banlieue parisienne, une adolescente de 16 ans est battue par son père et deux frères et risque de perdre un œil suite à ces violences pour avoir tchatté sur MSN, en Jordanie, une jeune fille de 17 ans est assassinée par son père après qu’elle ait été victime d’un viol collectif et une femme d’une quarantaine d’années est assassinée par son frère « parce qu’elle utilisait trop souvent son portable ce qui la rendait suspecte », dans le nord du Liban, une jeune femme de 24 ans est assassinée par son frère parce qu’elle « avait apparemment un petit ami », etc. Dans tous ces exemples récents, on voit que les justifications des auteurs des crimes dépassent une relation sexuelle avérée et consentie. En Palestine, le rapport publié en 2007 par SAWA parle d’une fille assassinée après être aller chez le coiffeur : le principe des assassins était que si elle est allée se faire coiffer, elle devait avoir un amant… On peut trouver d’autres motifs avancés par les assassins, comme le fait de quitter ou de divorcer d’un mari ou de simplement dénoncer des violences conjugales, de ne pas s’habiller de façon assez « modeste », des rumeurs qui courent sur la femme, etc.

Dans son étude sur 25 crimes d’honneur commis entre 1994 et 2001, Aida Touma Sliman montre que si la majorité des assassinats sont justifiés par des relations sexuelles hors mariage, d’autres femmes sont tuées pour d’autres « raisons » : deux pour leur « habillement et mode de vie », deux pour « sortir le soir et fumer », une pour avoir « divorcée de son mari », une pour « quitter fréquemment le domicile », une pour s’être « plainte de la violence à la police », une pour avoir refusé des relations sexuelles après un mariage forcé et une pour s’être mariée avec un homme d’une autre religion, soit en tout neuf femmes sur 24 (pour un des crimes d’honneur étudié, la justification est inconnue) assassinées pour d’autres raisons que des « relations sexuelles illicites ». De la même façon, en interrogeant l’entourage de victimes de crimes d’honneur dans les territoires palestiniens, les chercheuses d’Al Muntada montrent que plus que la vie sexuelle des femmes ce qui est mis en avant pour justifier le meutre c’est le degrés d’autonomie de la femme.

Ces assassinats doivent être considérés de véritables peines capitales  prononcées par les hommes de la famille élargie à l’encontre de femmes ou de jeunes filles dont la conduite est jugée « déshonorante ». A la différence des violences conjugales, dans le meurtre « d’honneur », la décision d’assassiner la femme ne concerne pas un individu (le mari ou le compagnon), mais est prise par les hommes de la famille élargie, le plus souvent eux-mêmes sous pression de la communauté. Le plus souvent, avant que la décision de tuer soit prise, un conseil de famille se réunit et détermine à la fois de la peine, de qui va l’exécuter et comment. Au Pakistan, dans plusieurs cas, c’est une « Jirga », conseil tribal, qui détermine qu’une femme est « karo » (noire) et doit être tuée, ou subir une autre punition.

Au Moyen-Orient, c’est en général le plus jeune des frères qui est chargé du meurtre, parce qu’il n’a généralement pas de famille à charge et qu’on espère que son jeune âge fera qu’il aura une peine réduite. En Turquie, où les meurtres « d’honneur » sont maintenant criminalisé et considéré comme des meurtres à part entière, il arrive que les meurtres soient des suicides forcés.

Vidéo, extrait du début film « Le Bonheur« , sur les « suicides forcés » en Turquie :

En Grande-Bretagne, il est arrivé dans des familles d’origine pakistanaise qu’un tueur professionnel soit recruté pour commettre le meurtre.

A propos des pressions sociales, Ayse Onal explique dans Honour killing, stories of men who killed, parlant de la Turquie : « Très concrètement, si la famille ne lave pas son «honneur» en tuant la jeune fille qui a dérogé à l’ordre archaïque, c’est toute sa vie sociale et économique qui est anéantie. Impossible, par exemple, pour les autres filles de la maison de trouver un mari, elles resteront à la charge de leurs parents. Mieux vaut donc avoir un fils en prison que de condamner la famille entière à vivre pestiférée, isolée, appauvrie, rejetée… » Pour prendre un exemple concret, Murat Kara, Kurde de Turquie aujourd’hui âgé de 40 ans, raconte les pressions qui l’ont poussé à assassiner sa sœur, âgée de 17 ans. « J’aimais ma sœur et ne pensais pas qu’elle méritait la mort », ajoutant qu’il a résisté trois mois avant d’exécuter l’ordre familial. Les voisins ne lui adressaient plus la parole, le boulanger refusait de lui vendre du pain, l’imam lui reprochait de désobéir à Allah, jusqu’à sa mère qui menaçait de maudire le lait qu’elle lui avait donné, il finit par obéir.

Il est à préciser qu’une fois la femme condamnée, il n’existe que rarement de prescription. Si la victime s’enfuit, l’exécution peut avoir lieu y compris des années plus tard. Women Against Violence publie ainsi le témoignage de R’afa, sur un meurtre d’honneur commis dans son village au nord d’Israël. « Cette femme a été mariée à un homme vivant hors du village… Son mari était alcoolique… La femme souffrait de graves violences et coups… Cette femme a divorcé alors qu’elle était enceinte… Elle est retournée dans sa famille, mais n’y a pas été accueillie. Elle donna donc naissance à l’enfant et décida de vivre dans un quartier juif. Là, elle construisit sa propre vie qui pouvait être vue par la communauté comme un style de vie trop libre, et une révolte contre les normes et les valeurs… De nombreuses rumeurs circulaient sur elle, selon lesquelles cette femme serait adultère, ou une femme qui ne respectait les normes et valeurs. Son frère fut chargé de la rechercher pendant quatre ans ou plus, jusqu’à ce qu’il la retrouva et la convainquit de venir avec lui au village sous le prétexte que son père était malade. Finalement, elle y fut tuée publiquement, sous les acclamations du village qui soutenait ce que faisait le frère ».

Considérer les meurtres d’honneur comme des exécutions capitales permet de comprendre qu’il s’agit non seulement de punir celle qui est jugée coupable, mais aussi de terrifier toutes les autres pour permettre de maintenir un ordre social à la fois patriarcal et tribal. Si selon les chiffres de l’ONU, ce sont 5.000 femmes qui sont assassinées chaque année « au nom de l’honneur », elles sont beaucoup plus nombreuses, des millions, à être victimes de ce « système de l’honneur », avec ce qu’il implique en négation de droits, que ce soit le droit d’aimer qui elles veulent, ou plus largement d’accès à la vie sociale, au loisir, au travail ou aux études. Ce « code de l’honneur », à l’exception du Kanun du nord de l’Albanie qui est écrit, est un code coutumier oral. Pour donner une idée de « l’idéal » de la place de la femme dans cet ordre patriarcal, on peut citer les recommandations des chefs tribaux d’Hébron (Al Khalil en arabe), ville la plus conservative de Cisjordanie pour prévenir les meurtres d’honneur :

  1. Interdire la libre mixité entre les sexes.
  2. Interdire aux femmes de travailler en dehors de la maison.
  3. Marier les filles lorsqu’elles sont jeunes pour qu’elles n’aient pas l’opportunité de devenir “faltat” (perdues).
  4. Encourager la polygamie.

Comme l’explique Jasvinder Sanghera, pour l’Izzat (terme synonyme d’honneur pour le sous-continent indien) il signifie pour les femmes « apprendre tout un code complexe sur ce qui est interdit ou autorisé au nom de « l’honneur de la famille », il n’y a pas de livre où ces lois sont inscrites, elles peuvent se modifier selon différents critères, etc. ». Les plus jeunes des femmes que Jasvinder Sanghera a interrogées ont cette formule très juste : « l’Izzat est comme le temps, il change selon les saisons et les jours, mais est toujours là ». Jasvinder Sanghera explique les conséquences de l’Izzat pour les femmes qui y sont soumises :

« – Vivre dans la crainte permanente de la famille proche ou éloignée ;
– Se sentir toujours surveillée/contrôlée par eux ;
– Vivre dans un état de dépendance et de solitude ;
– Perdre le sens de soi-même, ne pas avoir de droits propres mais simplement être liée à la famille et à la communauté ;
– Être honteuse, silencieuse et menacée : quoi qu’il se passe, c’est la femme qui est coupable, y compris si elle est violée.»

Un exemple cité par Jasvinder Sanghera dans son livre « Daughters of Shame » illustre bien jusqu’où peut aller cette oppression. Fatima, femme pakistanaise vivant en Grande-Bretagne, est condamnée à la prison après avoir mis le feu à sa maison et laisser ses enfants au bord d’un faubourg périphérique ; il s’agissait en fait d’un plan élaboré par ses frères qui voulaient accuser une belle-sœur qui s’était sauvée. Lorsque Jasvinder Sanghera va la voir en prison, Fatima lui dit « la prison c’est super ». Puis elle explique : « Je suis allée à la gym. Je suis allée à la bibliothèque, je peux lire ce que je veux pour la première fois de ma vie. J’ai regardé East Enders, je n’avais jamais le droit de le faire avant. Je ne me sens pas observée en permanence par ma famille. Je peux être amie avec qui je veux. J’ai de la compagnie. Je ne suis pas traitée comme une esclave… Pour moi, la prison c’est la liberté. »

Un point qui doit être abordé, c’est justement le lien entre les crimes d’honneur et les mariages forcés. On a vu que des jeunes femmes peuvent être tuées pour avoir refusé un mariage forcé. A l’inverse, des mariages forcés peuvent être vus comme une des formes de violence qui peut s’exercer « au nom de l’honneur », comme par exemple un moyen de discipliner celle qui apparaît trop rebelle ou dont on soupçonne une relation. Cela peut-être aussi, un moyen pour les familles de « réparer » un viol en forçant la victime à se marier avec le violeur, ce qui est quelque chose de courant au Moyen-Orient, et qui est même encouragé par les législations comme au Liban et en Jordanie.

Vidéo : Témoignage d’une britannique d’origine pakistanaise sur le mariage forcé

Enfin et pour conclure cette présentation, il est important de dénoncer les discours réactionnaires sur le relativisme culturel qui justifient cette oppression au nom de traditions ou d’exceptions culturelles à respecter en ce qui concerne les droits des femmes, comme si les libertés et les droits acquis de longue lutte en Europe ne seraient pas forcément à défendre pour d’autres femmes sous prétexte qu’elles seraient kurdes, arabes, indiennes ou perses ! Les défenseurs du relativisme culturel et du choc des civilisations peuvent bien théoriser ce qu’ils veulent, il n’y a pas une femme au monde qui souhaite être battue, violée, assassinée ou discriminée. Et c’est bien parce qu’elles n’en peuvent plus de subir toute cette oppression, que tant de jeunes femmes d’Afghanistan ou du Kurdistan s’immolent par le feu pour fuir une vie faite de souffrances. En Orient comme en Occident, aucune femme ne souhaite être battue, mutilée, mariée de force, violée, enfermée, assassinée, lapidée, et opprimée ! En Orient comme en Occident, les femmes aspirent à la liberté et à l’égalité !

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